Le conseiller du ministre chargé de la Défense du gouvernement autoproclamé houthi, Abed Mohammed al-Thawr, le 23 septembre 2026 à Sanaa, au Yémen ( AFP / Mohammed HUWAIS )
Les Houthis du Yémen frapperont les intérêts américains au Moyen-Orient si Washington s'engage en faveur de l'Arabie saoudite ou interviennent dans le stratégique détroit de Bab el-Mandeb, a mis en garde un conseiller militaire du mouvement pro-iranien dans un entretien à l'AFP.
Ryad a demandé à plusieurs reprises à son allié américain d'intervenir pour contenir les dernières avancées des Houthis, selon des médias aux Etats-Unis, sans succès pour l'heure.
Les combattants iraniens ont récemment pris le contrôle de tout le littoral ouest du Yémen sur la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, qui relie l'Asie à l'Europe via le canal de Suez.
Dimanche, comme pour justifier sa décision de ne pas les frapper, le président américain Donald Trump avait affirmé d'après Fox News que les Houthis avaient accepté de ne pas s'en prendre aux Etats-Unis.
Carte du détroit d'Ormuz et du détroit de Bab el-Mandeb, deux passages clés du transport mondial de pétrole situés au Moyen-Orient, le premier verrouillé par la guerre entre Washington et Téhéran, le second sous l'emprise des Houthis ( AFP / Jonathan WALTER )
Si les Etats-Unis "osaient soutenir l'Arabie saoudite par des frappes aériennes ou un appui aérien (...) nous considérerions tous les intérêts américains autour de nous comme des cibles", a affirmé le conseiller du ministre chargé de la Défense du gouvernement autoproclamé houthi, Abed Mohammed al-Thawr, dans un entretien mardi à Sanaa, la capitale yémenite sous leur contrôle.
Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites et les combattants houthis, au pouvoir dans une grande partie du Yémen, ont repris en juillet après des années d'accalmie.
Après la dernière offensive lancée début septembre par les Houthis, l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite basé à Aden et reconnu par la communauté internationale, a riposté par des frappes régulières sur les zones contrôlées par les Houthis, sans parvenir à le faire reculer.
Le porte-parole militaire du groupe, Yahya Saree, a affirmé mercredi que l'aviation saoudienne avait mené 52 raids au Yémen au cours des dernières 24 heures.
Dix civils ont été tués pendant cette période lors de frappes dans la province de Taëz et d'Al-Jawf, a indiqué la télévision des Houthis Almasirah.
"Un seul bloc" avec l'Iran
Les Houthis ont eux visé plusieurs fois l'Arabie saoudite voisine, dont Ryad samedi dernier. Mercredi, la défense civile saoudienne a brièvement émis des alertes de risque d'attaques à Jazan et Najran, des régions proches du Yémen, régulièrement ciblées par les Houthis.
Le mouvement pro-iranien applique aussi un blocus maritime aux navires saoudiens, affectant largement le premier exportateur mondial de brut, déjà touché par les fortes restrictions imposées par Téhéran à la navigation dans le détroit d'Ormuz de l'autre côté de la péninsule arabique.
Image satellite, prise le 21 septembre 2026 et fournie à partir des données Copernicus Sentinel, montrant les dépôts de carburant de Saudi Aramco à l'aéroport international du roi Khaled, à Ryad, après une attaque ( 2026 Copernicus Sentinel Data / - )
Au cours de l'entretien avec l'AFP, le conseiller militaire a qualifié de "ligne rouge" une éventuelle intervention américaine dans le détroit de Bab el-Mandeb.
Il a aussi assuré que les Houthis et l'Iran formaient "un seul bloc".
L'Iran a démenti ces derniers temps toute implication dans la guerre au Yémen, le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï affirmant la semaine dernière que les Houthis étaient "des acteurs totalement indépendants (qui) prennent leurs décisions en fonction de leurs propres intérêts".
Depuis début septembre, les combats entre les forces gouvernementales, appuyées par les avions saoudiens, et les Houthis ont fait des centaines de morts au Yémen, selon des sources dans les deux camps.
Au total, selon une estimation de l'AFP basé sur ces sources, quelques 750 combattants ont été tués, ainsi que des dizaines de civils principalement dans les bombardements.
IDes personnes déplacées devant leur tente au camp d'Al-Farsi, à Ras Imran, près d'Aden, le 17 septembre 2026 au Yémen ( AFP / Mohamad Hakim )
La guerre au Yémen a éclaté en 2014, quand les Houthis ont pris le contrôle de la capitale Sanaa puis d'autres régions, déclenchant en 2015 l'intervention d'une coalition militaire menée par l'Arabie saoudite.
Une trêve avait été conclue en 2022 mais les combats ont repris en juillet, dans le sillage du conflit régional déclenché par l'offensive israélo-américaine lancée en Iran en février.
Plus de 130.000 personnes ont été déplacées au Yémen depuis début septembre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui a dit mardi s'attendre à de nouveaux déplacements massifs ces prochains mois.

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